• Annelise Stern

Soutenir les artistes femmes, un business model rentable

Quelle association ?


"J'aimerais rejoindre votre association..." "C'est une galerie, juste de femmes, en mode asso" "Est-ce qu'on peut vous faire un don ?" "J'adore votre association." "C'est une super association !"


Mais, de quelle association me parle-t-on ? Pourquoi Diable, pense-t-on que Art Girls est une association ? Ce mot n'apparait nulle part dans la communication de Art Girls. On parle même désormais de Art Girls Galerie. Notre nom de domaine est un .store (et non un .org), nous vendons des œuvres d'art, nos artistes sont sous contrat, nous organisons des expositions, nous prenons une commission sur les ventes... Une galerie d'art quoi. J'en finis par me demander si le public sait ce qu'est une association.

Une association est un groupement de personnes volontaires réunies autour d'un projet commun ou partageant des activités, mais sans chercher à réaliser de bénéfices.

Tout d'abord, je gère seule cette galerie. Il n'y a pas un groupe de personnes volontaires, il y a Annelise Stern, galeriste, qui représente différents artistes, qu'elle sélectionne. Je porte entièrement seule, depuis le début, ce projet. Ajoutons à cela, que le but premier de la galerie est d'être rentable financièrement. J'ai fait des études en marché de l'art et en histoire de l'art, des stages, j'ai monté des projets. L'art n'est pas une simple passion à mes yeux, c'est aussi mon travail, mon gagne pain. Je ne dévoue pas mon temps libre à monter des projets dans le seul but de soutenir des artistes femmes. Je représente de supers artistes femmes, dont je suis fière. Je vends leurs œuvres. Je travaille. Pourtant, dans l'inconscient collectif, monter un projet qui soutient les femmes - quelle que soit le domaine - est associé à un projet associatif. Comme si soutenir les femmes et rentabilité, étaient deux concepts contradictoires.


Facteurs aggravants


Y a-t-il d'autres éléments qui pourraient expliquer que certains associent Art Girls Galerie à un projet associatif. Certainement. Il y a tout d'abord ce concept absurde de l'idée de gratuité dans le milieu artistique. C'est bien connu, les artistes se nourrissent de paiement en visibilité. Comme je le disais plus haut, travailler dans le milieu artistique n'est pas une passion. C'est un travail, un vrai travail. Mon âge certainement joue aussi. Du groupe de réseau de professionnels où l'un des membres me demande si je fais du dessin après lui avoir expliqué que j'étais galeriste -ce à quoi j'ai répondu sur le ton de l'humour que je faisais du coloriage - au visiteur qui demande à rencontrer le galeriste après que je l'ai salué, mon âge ne joue pas en ma faveur. Dans un milieu où les cheveux blancs sont bien vus, la jeunesse reste encore trop souvent signe d'inexpérience.


"Ah super, c'est une asso ? " Non, c'est une entreprise.

"Ah ok, qui gère ça ?" Moi, c'est mon entreprise.

"Ah d'accord, avec qui ?" Je gère ça seule. Toute seule.

"Je vois, t'es auto-entrepreneuse !" Non ce n'est pas une auto-entreprise, mais une société.

"Ah, t'as eu des aides pour monter ça ?" Non, je suis en fonds propres et je n'ai jamais fait une demande d'aide.


C'est avec le sourire et un peu d'humour que j'essaie constamment de répondre aux questions que l'on me pose. Toujours les mêmes. La figure de la jeune entrepreneuse est encore loin de s'être imposée dans les esprits. Au rythme actuel, il faudrait attendre 2090 pour atteindre la parité dans l'entrepreneuriat français. C'est le constat, amer, dressé par le premier baromètre de Sista, collectif de femmes entrepreneures et investisseuses, et de Boston Consulting Group (BCG) sur les conditions d'accès au financement des femmes dirigeantes de start-up. Car 9 % des fondateurs s'associent à des femmes, quand 61 % des fondatrices s'associent à des hommes. Heureusement, des jeunes entrepreneuses talentueuses, il y en a, et de plus en plus ! Si elles sont encore peu représentées dans le paysage entrepreneurial français, j'en rencontre chaque jour de nouvelles. Les mentalités finiront par évoluer, elles ont juste un train de retard sur la réalité.


Monter une belle entreprise rentable


Je suis persuadée que l'on peut associer rentabilité et beau projet. Soutenir les artistes femmes est un business model auquel je crois. Je crois que l'on peut développer une structure rentable financièrement en ne présentant que des artistes femmes. Et d'ailleurs, c'est exactement ce qui est en train de se passer. Être vraiment féministe, c'est dire : "Oui, je vais monter une entreprise qui ne présentera que des artistes femmes. Et cette galerie va super bien marcher, parce qu'on va faire une sélection d'artistes femmes hyper talentueuses. Et ce projet touchera aussi bien les hommes que les femmes, parce que "l'art féminin" est un concept stupide. Et ce projet, non seulement va être rentable, mais en plus de cela, ça va être un beau projet pour la société."


Attention cependant à ne pas tomber dans les travers du "féminisme washing", qui consiste en la mise en avant, par certaines entreprises ou groupes, de leurs combats pour les droits des femmes au sein de leur organisation, mais à des fins mercantiles ou pour se donner une bonne image de marque auprès d’un public de plus en plus sensibilisé à la question du Droit des Femmes. C’est évoquer cette noble cause sans y adhérer ! Je me souviens d'un visiteur qui m'expliquait que le féminisme était un "excellent argument marketing" et qui me félicitait "d'avoir su découvrir cette niche." Représenter des artistes femmes n'a jamais été un argument marketing à mes yeux. Tout part d'une conviction profonde : que les artistes femmes sont aussi talentueuses que leurs homologues masculins. De cette conviction est née une certitude : soutenir les artistes femmes et être rentable financièrement sont des notions qui n'ont rien d'incompatibles.

Vous souhaitez soutenir la galerie ? Gardez vos dons, achetez-nous des œuvres. Vous finirez gagnants et nous aussi.
103 vues0 commentaire