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  • Annelise Stern

NFTs et galeries d'art, où est la vraie révolution ?

Hot topic du milieu de l'art, c'est difficile ces derniers mois de passer à côté de ce sujet. Je fais partie des enthousiastes, des convaincus que l'avenir du monde de l'art se joue de ce côté-là. Il n'empêche que je lève régulièrement les yeux au ciel quand je vois un nouvel acteur du marché de l'art s'emparer de cet outil. Bien entendu, le marché de l'art doit s'y intéresser, car c'est un outil formidable qui peut réellement apporter de la valeur à l'exercice de nos métiers et nous serions sacrément stupides de nous en priver. Transparence, traçabilité, rémunération sur le long terme des artistes avec le système des royalties, démocratisation de la collection d'art, simplification maximale du processus d'acquisition d'une œuvre d'art... c'est vrai que ça fait pas mal rêver. Si les NFTs ouvrent le champ des possibles dans le monde de l'art, je désespère néanmoins de voir la façon dont certains acteurs s'en emparent.

J'ai souvent un sourire en coin lorsque je vois les mots "NFTs" et "révolution" dans la même phrase. Est-ce que c'est vraiment révolutionnaire d'exposer des NFTs dans une galerie ? Je ne sais pas vous, mais moi me déplacer dans une galerie d'art pour regarder des œuvres sur des écrans, le tout dans un white cube, ça m'excite pas, et j'ai pas l'impression qu'on est face à une révolution. Si l'idée d'amener les NFTs dans l'espace physique m'intéresse, nous devons être attentifs à la façon dont nous mettons en œuvre cette transition. Parce que présenter des œuvres sur un écran, c'est pas hyper enthousiasmant. Regarder des œuvres sur un écran, je peux le faire de chez moi, je n'ai pas besoin de me déplacer en galerie pour le faire. D'ailleurs, je le fais bien mieux de chez moi.

Les NFTs remettent en question un certain nombre de choses, on ne peut pas se contenter d'appliquer le modèle vieillissant du marché de l'art dans le monde digital. Est-ce que nos commissions en tant que galerie d'art font encore sens lorsque nous vendons une œuvre d'art ? Les NFTs permettent la mise en relation directe des artistes avec le public, la suppression des intermédiaires. Il y a clairement de quoi s'interroger sur la pertinence de nos commissions (et moi la première) ! Continuer de prendre 50% alors que j'ai envie de m'orienter vers les NFTs, me semble être un non sens.

Finalement, j'ai l'impression que tout ça ne fait que nous ramener vers le cœur de nos métiers. La galerie est un espace de rencontre entre les œuvres et le public. Comment est-ce que je peux recréer du lien entre les œuvres et le public ? Comment je peux créer le meilleur espace de rencontre possible entre les œuvres et mon public ? Plutôt que de proposer des NFTs sur des écrans, on devrait peut-être réfléchir à la meilleure façon de permettre au public de rencontrer les œuvres. Cela fait 60 ans qu'on n'a pas réellement innové dans nos manières de présenter des œuvres. Je ne suis pas certaine qu'il y ait une réelle différence entre la manière dont on présentait les œuvres dans les galeries d'art en 1970 et aujourd'hui, en 2022. Sauf que l'art, lui, il évolue tout le temps. Et nous on est à la traine.


Est-ce que c'est pertinent de chercher à centraliser un outil qui a été conçu pour fonctionner de manière décentralisée ? Est-ce que c'est pertinent de proposer des plateformes ultra curatées, dans un univers où l'idée de bon goût n'existe pas ? Est-ce que c'est pertinent de faire appel à un curateur qui il y a quelques mois comparait les NFTs à de "l'huile de jus de moteur" ? Est-ce que c'est pertinent de faire appel aux mêmes personnes qu'on a déjà vu 100 fois ? Est-ce qu'on attend une réelle innovation de ces profils qui ont été dans l'incapacité d'innover depuis des décennies dans le monde de l'art traditionnel ? Est-ce que c'est pertinent de donner la parole publiquement à des personnes qui n'ont jamais fait l'acquisition d'un seul NFT de leur vie ? Est-ce que c'est pertinent de remettre perpétuellement en avant les mêmes artistes qui saturent déjà le marché de l'art contemporain ? Est-ce qu'on peut parler d'une révolution quand on se contente de calquer désespérément notre vieux modèle sur un nouveau monde qui s'ouvre ?

Je n'ai finalement que des interrogations à ces différentes questions, pas encore de vraies réponses, seulement quelques pistes de réflexion. Et une petite intuition que c'est de ce côté-là qu'on doit creuser si on veut ajouter de la valeur et du sens dans l'exercice de nos professions.

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