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  • sarah maurin

Balade impressionniste à Marmottant

Bonjour, je m’appelle Sarah, et je suis en master histoire de l’art à Paris-Nanterre. Je travaille sur la question de l’évolution de la pensée vis-à-vis de l’Olympia de Manet et des réappropriations de cette œuvre, dans une période allant de 1865 à nos jours. Toutes les deux semaines, je vais consacrer un article à une artiste femme, ou à une exposition la concernant.


Aujourd’hui je vais vous parler de l’exposition « Julie Manet – LA MEMOIRE IMPRESSIONNISTE » qui est présentée au Musée Marmottant-Monet jusqu’au 20 mars.


Julie Manet, quelle mémoire pour l'impressionnisme ?


Julie Manet est la fille de Eugène Manet (le frère d' Edouard Manet) et de Berthe Morisot, une des grandes peintres de l’impressionnisme. Elle a beaucoup posé pour les impressionnistes comme Morisot, Manet ou Renoir, ce qui lui confère un visage familier. En plus d’être modèle pour ces artistes, elle va elle-même s’adonner à la peinture. Mais, comme l’exposition le montre, ce n’est pas ce que l’on retient d’elle le plus souvent malheureusement. Julie Manet est surtout connue pour avoir une collection, en grande partie impressionniste, des plus impressionnantes notamment pour deux raisons : elle gardait tous les tableaux où elle y était peinte ; elle était la fille d’une peintre connue et reconnue qui lui a légué un grand nombre de toile, et s’est marié avec Ernest Rouart, un grand collectionneur.



Le titre me semblait suffisamment explicite pour ne pas lire le texte de présentation de l'exposition. Donc, avant de voir l’exposition, je pensais naïvement que le musée allait présenter son travail d’artiste. Pour moi, j’allais voir des tableaux qu’elle possédait par-ci par-là, peut-être quelques tableaux où elle avait pris la pause, mais essentiellement des œuvres qu’elle avait produites. Ça ne s’est pas passé comme je l’attendais.


Un parcours... coloré ?


Avant même de parcourir les salles, de parler de scénographie, de couleur, d’œuvres, un truc m’a manqué : un arbre généalogique. Certains me diront qu’il y en avait un, c’est vrai, dans la dernière salle de l’exposition, dans un couloir exigu qui ne permet pas de recul et dans une salle que je pense beaucoup ont raté (je vous explique pourquoi après). J’aurais préféré l’avoir au début pour comprendre qui était qui, car même si on sait à peu près, beaucoup de noms sont donnés et je pense que la présentation de celui-ci dès le début aurait pu en aider plus d’un à comprendre les liens entre toutes les personnes mentionnées.


Ensuite, parlons-en de la disposition des salles, ou plutôt, des couloirs. Ça faisait longtemps que je n'étais pas allée au Musée Marmottant-Monet, mais je ne me souvenais pas que les espaces étaient si restreints. Est-ce un choix ou une contrainte du musée ? Quoi qu’il en soit, pour certains espaces ce n’était pas gênant, peut-être un peu plus pour d'autres. Mais le parcours se fait relativement bien dans un premier temps. Si, comme moi, avant l’exposition vous avez vu qu’il y avait un encart avec écrit « suite de l’exposition » et que vous avez pensé à y retourner, vous avez vu toute l’exposition. Pour accéder à cette partie, soit il fallait y passer avant, soit y revenir après la boutique. C’est un parcours assez fastidieux qui je pense en a perdu plus d’un, mais qui vaut largement le coup d’œil.


D’après le texte de présentation de l’exposition qu’écrit le musée sur son site internet, elle aborde 3 aspects de la vie de Julie Manet :

  • Première partie : son enfance dans son cercle familiale ;

  • Sa rencontre avec Ernest Rouart et leur passion pour le collectionnisme ;

  • Les dons qu’elle et son entourage ont fait aux musées français, ainsi que la valorisation des œuvres de Berthe Morisot et Edouard Manet.

Le premier espace est clair et compréhensible. On y voit des œuvres où Julie pose essentiellement pour sa mère, comme une grande partie de l’exposition qui est un large panorama de l’œuvre de Berthe Morisot. On y trouve aussi quelques Manet notamment La Baigneuse en Seine (v. 1874-1876) dont la médiation explique comment Julie valorise le patrimoine artistique familial.


D’après moi, c’est à ce moment-là que les choses deviennent plus floues. La couleur change pour signifier le changement de thème, passant d’un vert pastel à un ocre, pour une seule « salle » pour revenir à du bleu, puis à du marron et avant de revenir à de l’ocre. J’ai eu l’impression que la deuxième et la troisième partie n’en formaient qu’une seule. Non pas que ce fut gênant en soi, mais en mettant en regard ce que j’ai vu et ce que je viens de lire sur la présentation de l’exposition, les deux ne corrèlent pas. Pour moi la distinction ne se fait pas entre les deux, et s’il fallait en faire une, une homogénéisation des couleurs aurait pu aider à comprendre la distinction.


Julie Manet – Mémoire de l’impressionnisme au musée Marmottant Monet © Benoit Gaboriaud


La troisième partie était petite. Personnellement, avec toute la partie concernant son héritage et ses achats, j’aurais pu me passer de celle-ci simplement par la présence du texte intitulé « M. et Mme Ernest Rouart, collectionneurs et donateurs » (qui au passage aurait pu être M. Ernest Rouart et Mme Julie Rouart, ou Ernest et Julie Rouart, passons).


Mais, où est Julie ?


Même si Julie, en tant que modèle et collectionneuse, était présente tout au long du parcours, je trouve ça dommage, très dommage que ses œuvres se trouvaient dans un espace différent du reste de l’exposition. Elles se trouvaient à l’étage avec l’arbre généalogique tant attendu. Comme on peut le voir dans les points que l’exposition souhaite aborder, son œuvre peinte n’était même pas citée. Oui elle a été une grande collectionneuse et grâce à elle beaucoup de musées français ont pu acquérir des œuvres d’art d’artistes français impressionnistes et d’autres, mais est-ce que son œuvre peinte était moins importante que l’œuvre peinte de Rouart (qui est présent avec les autres au rez-de-chaussée) ? Je suis déçue qu’elle n’ait pas eu droit à plus de place dans sa propre exposition.


Présentation de l’exposition par Marianne Mathieu, le 18 octobre 2021 ©Anne-Fréderique Fer

« Jusqu’à présent, j’avais beaucoup d’ambition, je voulais avoir un vrai talent ; maintenant je voudrais seulement être plus que la jeune fille qui peint des éventails et des abat-jour, peut-être dans quelques temps n’aurais-je peut-être même plus cette ambition-là ? »

Julie Manet, Journal, 1893-1899.



Je terminerais sur le fait que beaucoup d’œuvres restent sans médiation. Et ça, dans un musée où le catalogue est à 45€, et que l’entrée est payante pour tout le monde, avec la gratuité seulement pour les moins de 7 ans, je trouve que ce n’est pas correct. Oui il faut rémunérer le musée et c’est compréhensible. Oui c’est du travail de faire des textes pour chaque œuvre, mais des musées se permettent de le faire alors même qu’ils ont des catalogues plus accessibles et des entrées adaptées aux publics. Je pense que dans un musée où l’on paie 12€ en tarif plein et 8,5€ en tarif réduit, et où le catalogue est présenté à 45€, on est en droit de demander de la médiation sur la majorité des ouvrages.


J’ai apprécié de me balader dans l’exposition car j’ai rarement l’occasion de voir autant d'œuvres de Berthe Morisot réunies, plus intéressantes les unes que les autres, et de malgré tout découvrir le travail de Julie Manet, même si j’en aurait voulu davantage.


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