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  • Annelise Stern

Amener les NFTs dans le monde réel avec un petit budget

Il y a quelques jours je partageais un article intitulé NFTs et galeries d'art, où est la vraie révolution ? dans lequel je m'inquiétais des propositions d'expositions de NFTs in real life. J'ai vu au total 5 expositions de NFTs dans le monde réel - j'ai passé pas mal de temps sur Decentraland en revanche - ce qui ne pèse pas très lourd dans ma consommation d'expositions. Il faut dire que je doute que Paris ait accueillie plus d'une quinzaine d'expositions consacrées aux NFTs pour l'instant. Nous ne sommes toujours qu'au début de cette vague dans le marché de l'art et des propositions d'expositions physiques de NFTs en France. Comme je l'expliquais dans mon article précédent, je n'ai globalement jusqu'à présent pas été particulièrement emballée par les propositions que j'ai vu : je caricature, mais me déplacer pour voir des images sur des écrans dans un White Cube, ça m'excite pas.


Bien entendu, nous sommes au tout début des propositions d'expositions NFTs dans le monde réel, et je suis bien contente de voir des galeries ou d'autres initiatives pionnières sur ces questions. On a besoin d'elles. En tant que galeriste, je suis bien consciente de mon incapacité à concurrencer ces événements en terme de scénographie. Tout d'abord parce qu'en tant que petite - minuscule - galerie montée en fonds propres par une jeune femme de 23 ans, je n'ai pas les moyens de créer une scénographie spectaculaire. S'équiper d'écrans de présentation des œuvres coûte une fortune et la grande majorité des galeries d'art n'ont aujourd'hui pas les moyens de le faire. Si je suis convaincue depuis plusieurs mois par l'utilisation des NFTs, je me suis beaucoup interrogée sur la manière dont je pourrais les intégrer à ma pratique de galeriste. Comment proposer quelque chose d'intéressant (pour le public et les artistes), que je sois en mesure de financer ? Ce dont je vais vous parler n'a strictement rien de révolutionnaire, je doute d'être la seule à avoir eu ces idées, et ce ne sont certainement pas les plus innovantes. En revanche, je pense être arrivée à un bon équilibre, entre mes capacités de financement en tant que galerie, et la création d'une proposition de valeur pour les artistes et le public.


Créer du lien avec le public : 1 bureau, 1 ordinateur, 2 chaises


Si je critique la présentation de NFTs sur écran dans un White Cube sans réflexion scénographique, je suis aussi bien consciente qu'il est nécessaire d'inscrire ces œuvres dans ce type d'espaces pour sensibiliser un nouveau public d'amateurs d'art, d'acheteurs et de collectionneurs. Et puis soyons honnête, qu'est-ce que j'ai apprécié quand je me suis rendue à ces expositions ? L'accueil et la disponibilité des personnes qui y travaillent envers le public. C'est si rare dans les galeries parisiennes que ça mérite d'être souligné. La dimension pédagogique et l'accompagnement à l'achat de NFTs font sans aucun doute partis des missions que nous devons endosser en tant que galeries. En revanche, je pense qu'on peut tout à fait apporter cette dimension de conseil, accompagner la création d'une nouvelle génération de collectionneurs de NFTs avec un petit budget. Pas besoin d'un grand white cube si on présente les œuvres sur des écrans aux mêmes dimensions : un seul écran suffit, quelques chaises et une machine à café pour accueillir de potentiels acheteurs. Je suis d'ailleurs persuadée que ces "mini galeries", simples espaces de rencontre entre le public et le galeriste vont de plus en plus se développer.


Amener les NFTs dans le monde réel : une carte à jouer pour les performers


Le pont avec le monde physique me semble impératif. Si je suis largement revenue sur l'idée que vendre uniquement en ligne était impossible - la preuve j'achète à titre personnel des NFTs d'artistes dont je n'ai jamais découvert dans la vraie vie les œuvres - je reste très attachée à la création d'espaces et d'événements dans le monde réel. Je ne crois toujours pas en une digitalisation totale, mais dans une cohabitation et la création de ponts entre ces deux mondes. Ma valeur en tant que galerie d'art physique réside dans la création d'espaces de rencontres entre les acheteurs, le public et les œuvres des artistes. Mon rôle est de créer le meilleur espace de rencontre possible. Je ne sais pas si on peut encore considérer mon activité comme celle d'une galerie d'art, il y a peut-être un nouveau terme à inventer. L'exposition physique doit avoir quelques chose en plus de l'exposition digitale, sinon clairement autant rester dans les métaverses.


Sans possibilité d'organiser des scénographies révolutionnaires à la Team Lab, c'est là que les artistes performers ont à mon sens une carte à jouer. Pas que les artistes performers d'ailleurs, mais la performance de manière large. D'ailleurs les seules propositions vraiment intéressantes que j'ai découvertes dans les expositions de NFTs qui ne m'ont pas fait regretter de m'être déplacée, c'était des performances. Je repense à la performance de Kevin Abosch, allongé sur le sol, le soir de l'ouverture du MOCA à Paris, ou encore à une performance live de dessin de l'artiste Ruis Luiz à la galerie Iham NFT. La performance offre la possibilité de vivre une vraie expérience au-delà du digital : elle peut devenir une extension physique du NFT. Ajoutez à cela que la performance est réputée - même si c'est à nuancer - pour être la forme d'art la moins couteuse qui existe, son matériau de production résidant dans le corps de l'artiste. A mon sens, c'est le pont physique le plus intéressant avec les NFTs quand on n'a pas les moyens de se payer une installation de fou. Et je pense - j'espère - qu'on va assister à une explosion de la présentation de performances dans le marché de l'art.


Rassembler des fonds à plusieurs, bosser ensemble


Clairement un des points les plus fondamentaux. D'accord pour bosser ensemble, mais avec qui ? Mon projet s'appelle ART GIRLS, alors naturellement, j'encourage au maximum les femmes à travailler ensemble sur ces projets-là. Si ces dernières ne sont pas invisibles dans le monde des NFTs, si elles existent, qu'elles créent et montent des projets, elles restent moins visibles, moins présentées, moins exposées, moins mises en avant et moins nombreuses. Être vigilants dès aujourd'hui sur la représentation des différentes minorités dans le milieu des NFTs, permettra d'éviter la répétition de nos erreurs dans le WEB3. Maintenant, comment on bosse ensemble ? Peut-être qu'on peut louer un bureau avec un écran qui ferait office de "mini galerie" qui chaque jour de la semaine serait attribué à un porteur de projet, qui pourrait y recevoir ses clients et présenter ses œuvres. Peut-être qu'on peut co-organiser à plusieurs des performances, se mettre à plusieurs pour acheter des supports de présentation des oeuvres et les faire tourner entre nous... Les formes de collaborations possibles sont multiples. Avec les NFTs, nous avons aussi la possibilité de redéfinir les codes de collaborations entre nos différentes structures. Pas juste le lien galeriste/artiste, mais aussi le lien galerie/galerie.

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